Expulsions politiques: le retour de l’inquisition uqamienne

En juin dernier, la communauté uqamienne apprenait que quatre étudiants et étudiantes allaient être convoqué.e.s devant le comité de discipline de l’UQAM. Le motif des convocations: leurs activités alléguées lors de la grève du printemps 2015. Peine maximale possible: l’expulsion à vie de l’UQAM. C’est ainsi que s’est ouvert un nouveau chapitre de la répression politique au sein de l’université, qui ne fut pas sans laisser à plusieurs militantes et militants une sérieuse impression de déjà-vu…

Retour sur les événements

Pour bien comprendre le contexte de ce sursaut répressif, il faut remonter au 20 mars 2015. À ce moment, l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH) et d’autres associations uqamiennes sont à la veille du déclenchement d’une grève générale contre l’austérité et les hydrocarbures. Elles apprennent alors que neuf étudiants et étudiantes ont reçu une convocation devant le comité de discipline, et sont menacé.e.s d’expulsion sur la base d’accusations aussi banales qu’avoir «flashé des lumières», par exemple.

La campagne de grève uqamienne prend dès lors un tout autre tournant, exigeant désormais l’abandon des convocations et des menaces d’expulsion. La lutte durera près de deux mois et unira l’ensemble de la communauté universitaire contre les dérives autoritaires du rectorat. Ainsi, associations étudiantes, syndicats, comités académiques, départements, commission des études et conseil de la vie étudiante dénonceront d’une même voix ces menaces d’expulsion politique. Au final, une seule personne sera expulsée pour une durée d’un an, alors que les autres réussiront à s’en tirer sans aucune sanction.

Lorsque le scénario s’est répété en juin dernier, la surprise fut moins grande: plusieurs s’attendaient à ce que le rectorat reprenne son oeuvre répressive là où il l’avait laissée, en ciblant maintenant des personnes ayant pris part à la grève dénonçant cette même répression. Et cette fois, en reprenant l’offensive en plein été, au moment où la mobilisation étudiante est la plus faible.

Malgré cela, la riposte s’est organisée. D’abord, les associations étudiantes ont tenu une conférence de presse dénonçant les menaces d’expulsion, conjointement avec des syndicats uqamiens, et différentes organisations telles que l’ASSÉ ou la Ligue des droits et libertés. Des rassemblements de solidarité lors des audiences ont ensuite eu lieu devant l’hôtel Gouverneur. Le premier d’entre eux, rassemblant une centaine de personnes, a été brutalement réprimé par la police, et s’est soldé par l’arrestation de quatre étudiantes et étudiants.

Au final, en dépit de la mobilisation importante vu la période estivale, deux personnes ont tout de même reçu une sentence: l’une a été expulsée pour la durée d’une session, et l’autre à vie.

Comité de discipline, ou tribunal fantoche?

A priori, on peut croire que le comité de discipline de l’UQAM est une instance respectant les principes élémentaires de justice, et que par conséquent, il a dû être démontré que les personnes expulsées l’ont été sur la base d’infractions avérées aux règlements de l’université. C’est cependant mal connaître cette instance et sa partialité sidérante.
D’abord, tout est mis en place pour empêcher les personnes convoquées de se défendre adéquatement. Par exemple, les convocations sont envoyées moins de deux semaines avant la date d’audience, et ne présentent qu’un résumé très succinct des faits reprochés à la partie défenderesse. De plus, les personnes convoquées n’ont pas le droit d’être représentées par un avocat ou une avocate devant le comité, ni celui de contre-interroger les témoins de l’UQAM, qui témoignent en son absence, et ne peuvent ainsi être confrontés à leurs contradictions si jamais ils ou elles venaient à mentir.

Finalement, ce comité est composé de cinq personnes, toutes nommées par le recteur, sur recommandation du vice-recteur à la vie académique. Ce processus antidémocratique nie non seulement le droit des associations et syndicats à nommer leurs représentants et représentantes sur les comités institutionnels, mais soulève aussi de sérieux doutes sur l’impartialité de ses membres. En effet, y siègent bien souvent des individus proches de l’administration, et peu enclins à remettre en question les accusations ou la preuve fournies par le rectorat.

Non aux expulsions politiques!

Bien qu’elles ne ciblent directement que quelques militantes et militants, la question des expulsions est beaucoup plus large, et concerne l’ensemble de la communauté uqamienne. Au fond, que sont-elles sinon la dernière illustration de tout un processus de renforcement de la répression politique et de l’autorité du rectorat?

Elles s’inscrivent dans la même lignée que les investissements de la direction de l’UQAM pour multiplier le nombre de caméras de surveillance, les dépenses faramineuses pour l’embauche de plus de gardiens et gardiennes de sécurité, le recours aux injonctions contre les grèves étudiantes ou celles de ses employé.e.s, l’intervention du SPVM dans ses murs au printemps 2015, etc. Autant de mesures qui, à terme, si elles ne sont pas combattues collectivement, éloignent l’UQAM du lieu propice à l’épanouissement intellectuel et politique, à l’implication des personnes qui y évoluent et à la participation de toutes et tous dans les processus décisionnels qu’elle devrait être.

Toutes ces absurdités ont assez duré: ensemble, combattons la répression politique à l’UQAM!

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