SÉTUE en grève: bilan et perspectives

Du 7 décembre 2015 au 4 avril 2016 s’est tenue la grève du syndicat des employé.e.s étudiant.e.s de l’UQAM (SÉTUE). 120 jours de grève qui ont constitué la première grève illimitée de notre syndicat.

Le SÉTUE représente plus de 4 000 membres dont le travail, trop souvent invisible, constitue l’huile qui fait tourner la roue de l’UQAM. Que faisons-nous? Nous corrigeons vos travaux, animons des ateliers, effectuons des démonstrations en laboratoire, faisons du monitorat, assistons le personnel enseignant dans ses recherches, et bien d’autres choses encore. Nous étions sans convention collective depuis décembre 2013.

Un processus de négociation houleux

L’un des point litigieux à la table des négociations concernait l’établissement d’un plancher d’heures de travail. Confronté.e.s à des coupes budgétaires affectant particulièrement la population étudiante, cette revendication syndicale avait pour but de garantir un seuil minimal de financement dédié aux emplois étudiants afin d’empêcher de nouvelles coupures. De plus, une telle mesure aurait eu pour avantage de réduire la précarité étudiante. En effet, la majorité des employé.e.s étudiant.e.s se retrouvent, à chaque début de session, dans l’incertitude quant à la prolongation de leurs contrats, ceux-ci dépendant des fonds disponibles. Cette revendication aurait constitué une première pour un syndicat d’employé.e.s étudiant.e.s et la partie patronale ne souhaitait clairement pas créer un précédent. Le négociateur patronal a d’ailleurs admis candidement, au détour d’une rencontre de négociation que la priorité de l’administration était que nous n’obtenions PAS de plancher d’heures. Nos priorités étaient également d’obtenir un rattrapage salarial pour les membres les moins bien payé.e.s, ainsi qu’une amélioration du système d’affichage des contrats et des ententes de propriété intellectuelle.

Malheureusement, les négociations ont rapidement heurté un mur. Les quelques rencontres auxquelles l’administration a consenti n’ont pas mené à grand chose, notamment à cause du refus de collaborer de la partie patronale. En effet, en plus de ne pas être préparée, celle-ci affirmait ne pas avoir le mandat de négocier. En sabotant ces rencontres de négociation, l’administration a été en mesure de retarder la signature d’une nouvelle convention collective, nous plaçant bien évidemment dans une situation précaire. Un ultimatum a donc été posé à l’administration: si aucune offre ne nous était faite avant le 4 décembre, soit près de deux ans après la fin de notre dernière convention, nous tomberions en grève illimitée. Comme aucune offre n’a été mise sur la table, la grève a été déclenchée.

La mobilisation des membres avait débuté dès la session d’automne 2013 dans l’éventualité où un tel conflit éclaterait. Ce sont les membres qui ont notamment construit le cahier de revendications qui a par la suite été présenté à l’administration.

Bien que le SÉTUE soit fier d’entretenir une vie démocratique forte, il doit faire face à plusieurs défis spécifiques. Le roulement élevé des délégué.e.s syndicaux oblige un travail constant d’éducation à l’interne. Bien que ce travail semble beaucoup moins spectaculaire que la grève en elle-même, cette dernière n’aurait pas été possible sans le travail de longue haleine qui l’a précédé sur près de deux ans.

En grève!

Dès le lundi 7 décembre, le SÉTUE tombait en grève. Cette journée, tout comme celle du lendemain, fut marquée par un blocage intégral du campus central. Ces journées furent le théâtre d’une belle solidarité de la part de centaines d’étudiantes et étudiants et de salarié.e.s qui sont venu.e.s se joindre aux lignes de piquetage au lieu de les franchir. Toutefois, dès le 8 décembre au soir, nous avons reçu une injonction au contour assez flou pour nous empêcher de bloquer la circulation dans l’université. Nous avons décidé de respecter la dites injonction, mais de tout de même poursuivre le piquetage, davantage symbolique, ainsi que la distribution d’information.

L’administration nous a finalement fait une offre, un peu avant les fêtes, mais comme celle-ci ne comprenait pas de plancher d’heures et se traduisait par des reculs salariaux pour plusieurs membres, l’assemblée générale a rejeté l’offre, choisi d’élire un nouveau comité de négociation et poursuivi la grève, démontrant ainsi une détermination forte.

La grève s’est donc poursuivie tout au long de la session d’hiver alors que nous tentions de renouveler nos moyens d’actions. Nous avons notamment rendu plusieurs visites aux domiciles des différents administrateurs de l’UQAM dont le recteur Robert Proulx. Nous avons aussi organisé des actions de perturbation, comme lors des portes ouvertes, ainsi qu’une journée de grève étudiante le 15 mars pour commémorer le 100e jour de notre grève.  Si nous avons pu tenir aussi longtemps, c’est non seulement grâce à la détermination des membres, mais aussi grâce aux liens de solidarité que nous avons créés, tel le Fond de solidarité du SÉTUE qui a permis de fournir une aide alimentaire aux membres tout au long du conflit. Car les grèves sont finalement toujours un jeu d’endurance et la nôtre ne fit pas exception. Après 4 mois de grève et malgré les systèmes d’aide que nous avions mis sur pied (aide alimentaire et dédommagement de grève), la fatigue se faisait sentir. Lors de l’assemblée du 23 mars, une offre patronale rencontrant la vaste majorité de nos demandes, à l’exception du plancher d’heure, a finalement été acceptée par les membres, mettant fin à la grève.

Bilan critique et leçons

Alors que de nouvelles coupures se profilent à l’horizon, l’heure est au bilan. Si nous n’avons pas obtenu le plancher d’heure désiré, la plupart de nos autres revendications ont été atteintes. Désormais, aucun salaire versé par l’UQAM ne se situe en dessous de 15$/h. L’Assemblée publique du 10 mars qui a convoqué des États généraux pour l’automne peut être porteuse d’espoir, mais nous devons être alerte et pouvoir saisir cette opportunité. La plus grande victoire de cette grève réside sans doute dans le changement de la culture politique du syndicat et dans l’expérience que nous avons tiré de cette lutte. Nous avons réussi à démystifier le travail étudiant et à démontrer sa valeur et son importance au sein de l’université.

Plus largement il est à noter qu’en respectant scrupuleusement l’injonction, nous n’avons pas été capable de sortir du cadre légal tant pour des considérations internes (culture politique et statut légal de plusieurs membres ne disposant pas de la citoyenneté), qu’externe (manque de soutien de notre syndicat national, l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC)). Ces facteurs ont grandement diminué notre rapport de force alors que nous étions incapables de paralyser l’activité normale de l’université et que des briseurs de grève marchaient au grand jour sous l’oeil complaisant de la justice et de l’administration. Que ce soit à travers l’interprétation docile des juges ou par la grève du zèle systématique de leurs employé.e.s, on comprend bien que la justice ne montre les dents que lorsque c’est nous qu’elle doit mordre. Une autre erreur consiste à croire en ce que l’employeur, en tant qu’administrateur d’une institution publique, aurait à coeur le bon fonctionnement de l’université. Afin d’éviter d’être limité dans ses coupures budgétaires, l’employeur a laissé traîner la grève en laissant le corps enseignant se débrouiller avec les conséquences de celle-ci sans se soucier de la dégradation sérieuse des conditions d’enseignement et de recherche qui en a résulté. L’administration de l’UQÀM, tout comme celle d’autres universités, ne gère pas son établissement pour la communauté mais bien pour le gouvernement et les intérêts des capitalistes qui se cachent derrière. Quelle est la mission de nos universités? Diffuser un savoir libre et porteur d’émancipation collective ou faire du profit? Il semble que nos universités soient de plus en plus à la solde des entreprises privées et du dictat de l’économie. Si le rectorat se souciait de l’université, il ne la détruirait pas pièce par pièce. Il s’agira à l’avenir de concevoir notre lutte et nos moyens d’actions au delà des cadres étroits dans lesquels le pouvoir voudrait les confiner. Pour forcer l’administration à réviser ses projets austère, la perturbation ne pourra pas se faire à moitié.

Il n’en tient qu’à nous de ne pas laisser ces leçons se perdre.

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